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 D'ici / de là-bas - une exposition à al-Ma'in

L'exposition "D'ici / de là-bas", sous la direction d'Eitan Bronstein Aparicio a été présentée du 25 juillet au 3 août 2019 dans la galerie "La Maison Blanche" qui se trouve être le dernier vestige du village palestinien d'al-Ma'in, vidé de ses habitant•e•s pendant la Nakba [1948]. 
Plus d'une centaine de visiteurs, pour la plupart habitant•e•s des kibboutz établis sur les terres du village (Ni'im, Nir Oz, Ein HaShlosha et Magen) s'y sont rendus. Une vingtaine d'entre eux•elles ont même écriit un message à l'intention des réfugié•e•s palestinien•ne•s, qui se trouvent aujourd'hui, pour la plupart, dans la bande de Gaza toute voisine. Une urne avait spécialement été conçue à cet effet. 

Cette exposition présente l'histoire du village d'al-Ma'in et des ses habitant•e•s, aux Isaélien•ne•s aujourd'hui établi•e•s sur les terres du village et à laquelle il•elle•s n'avaient, selon leurs dire, jamais été exposé•e•s auparavant. 
L'histoire du village leur est racontée par les réfugié•e•s eux•elles-mêmes, de nombreux sites et structures du village ont été identifiés grâce à la méthodologie de localisation de ruines développée par De-Colonizer. Des panneaux informatifs ont alors été placer pour indiquer leur présence et leur existence sur le terrain. 
L'exposition présente également plusieurs tentatives de contourner la fragmentation violente, spatiale et humaine, imposée par l'occupation israélienne. Par différents moyens, et nous montrant créatif•ve•s, nous avons défier (parfois avec succès!) les frontières qui enclavent Gaza. 

Il y a eu beaucoup de colère et de déni parmi les visiteurs mais il y a aussi eu de la compassion, de l'émotion et beaucoup d'intérêt. Il y a eu à la "Maison Blanche", des notes d'espoir, des demandes sincères de pardon, des souhaits pour le retour des réfugié•e•s. 
Les hommes, pour la plupart, ont rejeté le récit présenté pendant l'exposition, certains ayant même montré de l'agacement et même de moquerie, certains ont traité ces témoignages de réfugiés avec dédain et déni, en leur opposant le discours israélien classique : "Ce sont les Anglais qui ont construit les maisons, et celle-ci, par les Palestiniens!", "Les Palestiniens et les Egyptiens nous ont attaqué et ils sont partis après avec perdu la bataille". etc. 

La majorité des femmes présentes a, au contraire, exprimé non seulement un grand intérêt pour l'histoire et les témoignages auxquels elles étaient confrontées, mais ont également su faire preuve d'humilité, elles ont su dire, par exemple, tout ce que cette exposition et ces témoignages leur avait appris, elles ont sur faire preuve de réflexivité et ont livré, pour certaines d'entre elles, des témoignages bouleversants. D'autres encore nous ont remercié de mettre à leur portée ces témoignages. 
Voici deux des
messages qu'elles ont pu rédiger, à l'attention des réfugié•e•s palestinien•ne•s d'al-Ma'in: 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce projet est sans précédent dans sa manière de mettre à disposition des Israélien•ne•s qui vient essentiellement dans l'ignorance et le déni complet, l'histoire de la Nakba passée sous silence.

En comparaison aux nombreux projets autour de la Nakba que nous avons déjà pu mener par le passé, et dans lesquels les participant•e•s soutenaient la reconnaissance de la Nakba comme partie intégrante de notre histoire, l'exposition d'al-Ma'in propulse la Nakba au coeur des terres occupés, chez les colons, sur les terres mêmes du village palestinien vidé en 1948. C'est aussi ce qui explique les réactions fortes qu'elle a suscité, tantôt de défense et de rejet, mais aussi de surprises et d'émotion.

De fait, ses visiteurs sont une partie intégrante de l'exposition, il•elle•s ne sont pas "extérieur•e•s", il•elle•s ont leur propre agenda politique, contrairement à ce qui est souvent le cas dans des galeries d'arts. Ici, l'histoire qui leur est présentée est la leur aussi, elle vient bouleverser et questionner leurs propres privilèges, elle vient en écho à l'identité à la fois personnelle et collective des Israélien•ne•s vivant sur les terres, occupées, d'al-Ma'in.

Ici, un article sur l'exposition publié dans le journal Makor Rishon.

Ici, un reportage (en espagnol) sur l'exposition et un article (toujours en espagnol) qui lui est consacré.

Ce que j'ai pu voir aujourd'hui est très émouvant, et même douloureux. Bien que je vive ici depuis 35 ans, je ressens le besoin et l'espoir de vous voir revenir sur cette terre, d'y faire revivre les émotions passées, votre culture et vos habitudes à vous, ses habitants.
Une terre n'est pas qu'une brique. Une terre ce sont des valeurs, des racine, l'amour d'un endroit. Il n'y a pas de place pour les déportations. Mon coeur est avec vous. 

Efrat Katz, kibboutz Nir Oz.

Je vous tends la pain, en paix. J'espère vous rencontrer et parler avec avec les gens d'al-Ma'in. Seule l'exposition d'Eitan Bronstein m'a exposé à l'histoire de cet endroit". 
Au nom de la famille Krotenberg, kibboutz Magen.